Née en 1970, Handska vit et travaille en région parisienne.
Depuisles années 90, son travail interroge principalement les questions du corps, de l’intimité, des relations humaines, de la mémoire, de la liberté. Ses matériaux et ses médiums sont assez divers,  tissus, cheveux, photographies, performenceq,  récoltes diverses du quotidien, terrain d’exploration, qu’elle affectionne tout particulièrement comme une archéologue.

Au coeur de son travail, depuis plus de quinze ans, le vêtement, qui interroge toujours et encore l’épineuse, parfois douloureuse et merveilleuse question du corps avec son quotidien, son image, ses maux, sa mémoire et son fantastique…vêtement comme seconde peaux, comme objet de poésie ou de dérision... Objet de rencontre et de confrontations ( pour ne pas dire prétexte à la rencontre) avec les autres qu'elle aime à solliciter dans des diapositifs dont ils deviennent le cœur.
 

Un univers de l’intime , de l’extrêmement intime, des choses qui viennent de loin, du profond de l’inconscient, surgi du cerveau de l’enfance, du cerveau du reptile. Cette matière brute, organique, infantile, est simultanément, délicatement, et virtuosement poétisée.
Le monde intérieur est perçu, exploré, avec les yeux de l’enfance, sans jugement, sans désir de le maîtriser, avant tout l’objet d’une curiosité, d’un émerveillement, et d’une attention à la fois irrésistible et méticuleuse.
Le monde intérieur fait l’objet d’une enquête, comme l’enfant observe et interroge chaque morceau du monde, l’enfant accroupi un temps infini, qui ne se mesure pas, un temps suspendu, une éternité, devant un petit monceau de terre, devant la drôle de vie qui grouille peut-être dedans…
L’intérêt de l’enfant pour le monde, rend le monde vivant, ce que l’adulte perçoit de plus vide, de plus mort, de plus désenchanté, l’enfant l’anime par ce regard,  le rend insolite, organique, et potentiellement, comme tout ce qu’on interroge, producteur de merveille ou de menace.
Handska a ce regard là, intact, qui se prolonge en un univers innocent et bizarre, frais, primal, en même temps qu’intemporel.
Il ne s’agit pas de la vénération surréaliste du tout vivant, et du renversement de nos attentes pour créer la tension, le culte des convulsions d’une beauté qui s’attache avant tout à surprendre, à frapper, à jouer des effets du décalage. Il ne s’agit pas là d’une tête d’enfant avec un regard cruel, d’une poupée à l’air antique à qui l’appareil donnerait magiquement l’air vivant sur la photographie.
C’est la vision d’un chemin intérieur, empirique, du flux, du va et vient d’une conversation entre l’enfance et le soi présent qui la cherche, la sollicite, l’apprivoise, l’interroge. Cette conversation avec l’enfance suppose beaucoup de discrétion, d’abnégation, de délicatesse : ne pas la traquer, la dénaturer, doucement l’accueillir… 
Aussi l’univers d’Handska adopte la frontière, la limite, cette ligne fragile au bord de ce qu’il y a en soi d’inconnu à découvrir. Et se situe dangereusement sur ce fil de la transgression du silence, du caché, de leur dévoilement.
Pourtant cette mise en tension, cette ambivalence engendre le plus souvent de l’apaisement…Car Il y a là comme une échappée de l’effet éprouvant ou jouissif de la limite et du paradoxe. Il y a là un plaisir de l’échange, de l’alliance, un désir qui fait coexister sereinement les contraires, la peur et la curiosité, la douleur et la chaleur du soin, la nostalgie et l’immanence… une bienveillance qui transcende la division.
Un rituel tout à la fois laborieux et cérémonieux, à créer du lien entre nous et nos parts d’ombre, à recomposer le puzzle de notre être lacunaire et disloqué, à nous réparer.   
Nous réparer en nous offrant un autre regard, un autre miroir de nos contradictions, de nos limites, de nos fragilités et de nos faiblesses, un miroir les réfléchissant attendrissantes, au pied de la lettre : suscitant la sensation rayonnante et pleine de la tendresse.      
Amoureuse de comment ça marche au-dedans, de nos peurs, de nos blessures, elle a un regard tendre sur nos ombres, nos douleurs et notre dérisoire, elle les réhabilite, les fête même… 
Et dans ce monde d’aujourd’hui si virtualisé, l’univers sensible et puissamment onirique d’Handska est une  méditation sur le fait d’être là, et de s’aimer être là. On en sort en trouvant le monde poétique, en nous trouvant nous-même matière à rêve et à aimer.


Sandrine Lardreau