Ma forêt est née d'un vide, d'une solitude. La solitude d'atelier. Alors j'ai imaginé un lieu comme un refuge, un lieu où se perdre, où le vivant foisonne.

Une forêt....Forêt où s'égarer au milieu des arbres dont l'écorce s'offrirait docile. Il me fallait rencontrer l'autre dans cette forêt, symboliquement mais aussi physiquement. L'écorce est alors devenue peau, et j'ai rencontré l'autre à travers son corps et sa trace dans une série de moulages. 30 moulages....J'ai rencontré mais aussi affronté l'autre devenu modèle, avec ma pudeur et ma pesanteur à accomplir toujours les mêmes gestes techniques: la peau, l'eau, le plâtre, face à la pudeur de l'autre, face à ses interrogations, face à son don. Le don de l'empreinte de buste, d'une peau de grain à extraire, écorces fragiles qui oscillent lentement dans l'espace.
L'expérience était terrible...si troublante...si éprouvante...
 
Des gens venaient...je les connaissais bien, peu ou pas du tout...Je leur demandais de se déshabiller...de s'enduire de crème...de s'allonger sur mon lit recouvert d'un grand drap blanc...

Je commençais....plâtre, eau tiède, lissage ....silence...concentration....avec leurs yeux fixés sur moi, fuyant, parfois fermé....silence....Puis, durant une demie heure, ils demeuraient immobiles...à ma merci..

J'ôtais l'empreinte étau....ils prenaient un douche dans ma salle de bain...se rhabillaient...buvaient un thé...bavardaient...se confiaient de propos insensés....  d'intimité pure. Étonnant moment d'ambiguïté.... Avant chaque séance, j'étais à fleur de peau, sur les nerfs, comme avant une première fois.. Après chaque séance, j'étais vidée épuisée....... 
Diaporama