A propos du blanc

J'ai toutes les raisons de m'attacher  au blanc.
C'est la couleur de la fragilité, du péril, de la menace. La moindre trace et tout bascule.
C'est la couleur de l'espace libre, on peut tout y voir, y projeter.
Enfin c'est la couleur du soin.
                                                                                                                                                     Avril 1998



De la figure à la peau

Lorsque j'essaie de comprendre, de relire mon travail depuis vingt ans, lorsque j'essaie de mettre du sens, des mots, du lien, de la progression, ou quand je l'observe simplement, c'est toujours à peu près la même tentative que je vois.
Tentative de raconter de l'humain, avec un penchant pour ses travers, ses failles, surtout et avant tout, sa fragilité.
Il y a 20 ans, je ne pensais pas pouvoir évoquer cela autrement qu'à travers la figure humaine, autrement que par la figuration.
J'utilisais le dessin, la peinture la sculpture, dans des registres   fortement  hérités de l'expressionnisme, ou de l'art brut (j’en avais tout au moins le désir).

Mais vite la chose tournait court. Comme la respiration d'un asthmatique. Quelque chose qui manquait de plénitude, de complétude, d'envergure, vêtement que je sentais étriqué.
 
C'est un passage par l'université (filière arts plastiques) qui m'a aidé à trouver mon chemin.
Tout d'abord par la déconstruction, voir la destruction de la figure. Symboliquement et physiquement. C’est la période des sacs poubelles. Je vidais l'atelier, je faisais le deuil d'années de dessins, de modelages autour du corps humain. Je ne voulais rien conserver, comme un encombrement.
J'ai du traverser un petit passage du très épuré, de l'abstrait, de la ligne strictement minimum. Passage extrêmement important dans mon apprentissage à ne pas dire de trop, à tord et travers, pour rien, et pour ne rien dire.
Je suis passé de la figure, aux simples traits et points. Des  collages un peu baroques, très lourds de matières et de signes, aux collages d'un ou deux éléments.
Passée de la figure au trait et de la couleur (foisonnante), au blanc.
Le blanc comme élément essentiel, omniprésent dans mon travail. Élément minimaliste, mais aussi élément très riche en propriétés.
Cette période marque aussi le début de mes premières installations. Ce support, ce médium a été pour moi une découverte de terrain vierge. Un immense sentiment de liberté, de pouvoir explorer simultanément toutes les pistes sans discrimination, sans hiérarchie, sans limite. Le collage, la photo, le son, la magie, la couture, le chamanisme, les collections, les objets du quotidiens, les mots, les matières vivantes, humaines ou végétales, les actions, le film.....

J'ai enfin trouvé de vraies réponses, dans ce terrain libre, débarrassé de toute contraintes formelles, de besoin de catégories, débarrassé de toute spécificité et de spécialités.
C'est ainsi que je trouve mes réponses, plus emmenée parfois sur le chemin de l'image, ou du tissu, ou de la récolte, de l'empreinte....le propos me semble alors plus précis, plus juste, plus complet. La figure y a disparu en tant que telle,  laissant place à son absence, à la trace, l'enveloppe, et toute la gamme  de nuances,  de possibles qui racontent l'humain.

                                                                                                                                                               Mars 2010